Vertu de ma vie ! comme vous débitez ! Il semble que vous ayez appris
cela par coeur, et vous parlez tout comme un livre.
Qu'as-tu à dire là-dessus ?
Ma foi, j'ai à dire... Je ne sais que dire ; car vous tournez les
choses d'une manière, qu'il semble que vous avez raison ; et cependant
il est vrai que vous ne l'avez pas. J'avais les plus belles pensées du
monde, et vos discours m'ont brouillé tout cela. Laissez faire ; une
autre fois, je mettrai mes raisonnements par écrit, pour disputer avec
vous.
Tu feras bien.
Mais, Monsieur, cela serait-il de la permission que vous m'avez
donnée, si je vous disais que je suis tant soit peu scandalisé de la
vie que vous menez ?
Comment, quelle vie est-ce que je mène ?
Fort bonne. Mais par exemple, de vous voir tous les mois vous marier
comme vous faites !
Y a-t-il rien de plus agréable ?
Il est vrai. Je conçois que cela est fort agréable et fort
divertissant, et je m'en accommoderais assez, moi, s'il n'y avait
point de mal ; mais, Monsieur, se jouer ainsi d'un mystère sacré, et...
Va, va, c'est une affaire entre le ciel et moi, et nous la démêlerons
bien ensemble sans que tu n'en mettes en peine.
Ma foi, Monsieur, j'ai toujours ouï dire que c'est une méchante
raillerie que de se railler du ciel, et que les libertins ne font
jamais une bonne fin.
Holà ! maître sot. Vous savez que je vous ai dit que je n'aime pas les
faiseurs de remontrances.
Je ne parle pas aussi à vous, Dieu m'en garde ! Vous savez ce que vous
faites, vous, et si vous ne croyez rien, vous avez vos raisons : mais
il y a certains petits impertinents dans le monde qui sont libertins
sans savoir pourquoi, qui font les esprits forts, parce qu'ils croient
que cela leur sied bien ; et si j'avais un maître comme cela, je
luiL'aurais dit fort nettement, le regardant en face : Osez-vous bien ainsi
vous jouer du ciel, et ne tremblez-vous point de vous moquer comme
vous faites des choses les plus saintes ? C'est bien à vous, petit ver
de terre, petit myrmidon que vous êtes, (je parle au maître que j'ai
dit), c'est bien à vous à vouloir vous mêler de tourner en raillerie
ce que tous les hommes revèrent ? Pensez-vous que, pour être de
qualité, pour avoir une perruque blonde et bien frisée, des plumes à
votre chapeau, un habit bien doré, et des rubans couleur de feu, (ce
n'est pas à vous que je parle, c'est à l'autre), pensez-vous, dis-je,
que vous en soyez plus habile homme, que tout vous soit permis, et
qu'on n'ose vous dire vos vérités ? Apprenez de moi, qui suis votre
valet, que le ciel punit tôt ou tard les impies, qu'une méchante
vie amène une méchante mort, et que...
Paix !
De quoi est-il question ?
Il est question de te dire qu'une beauté me tient au coeur, et
qu'entraîné par ses appas, je l'ai suivie jusqu'en cette ville.
Et n'y craignez-vous rien, Monsieur, de la mort de ce commandeur que
vous tuâtes il y a six mois ?
Et pourquoi craindre ? ne l'ai-je pas bien tué ?
Fort bien, le mieux du monde ; et il aurait tort de se plaindre.
J'ai eu ma grâce de cette affaire.
Oui, mais cette grâce n'éteint pas peut-âtre le ressentiment des
parents et des amis, et...
Ah ! n'allons point songer au mal qui nous peut arriver, et songeons
seulement à ce qui nous peut donner du plaisir. La personne dont je
te parle est une jeune fiancée, la plus agréable du monde, qui a été
conduite ici par celui même qu'elle y vient épouser ; et le hasard me
fit voir ce couple d'amants trois ou quatre jours avant leur voyage.
Jamais je n'ai vu deux personnes être si contentes l'une de l'autre,
et faire éclater plus d'amour. La tendresse visible de leurs mutuelles
ardeurs me donna de l'émotion ; j'en fus frappé au coeur, et mon amour
commença par la jalousie. Oui, je ne pus souffrir d'abord de les voir
si bien ensemble ; le dépit alluma mes désirs, et je me figurai un
plaisir extrême à pouvoir troubler leur intelligence, et rompre cet
attachement, dont la délicatesse de mon coeur se tenait offensée ;
mais jusques ici tous mes efforts ont été inutiles, et j'ai recours au
dernier remède. Cet époux prétendu doit aujourd'hui régaler sa
maîtresse d'une promenade sur mer. Sans t'en avoir rien dit, toutes
choses sont préparées pour satisfaire mon amour, et j'ai une petite
barque et des gens, avec quoi fort facilement je prétends enlever la
belle.
Ah ! Monsieur...
Hein ?
C'est fort bien fait à vous, et vous le prenez comme il faut. Il n'est
rien tel en ce monde que de se contenter.
Prépare-toi donc à venir avec moi, et prend soin toi-même d'apporter
toutes mes armes, afin que...
Ah ! rencontre fâcheuse. Traître, tu ne m'avais pas dit qu'elle était
ici elle-même.
Monsieur, vous ne me l'avez pas demandé.
Est-elle folle, de n'avoir pas changé d'habit, et de venir en ce
lieu-ci, avec son équipage de campagne ?
cela par coeur, et vous parlez tout comme un livre.
Qu'as-tu à dire là-dessus ?
Ma foi, j'ai à dire... Je ne sais que dire ; car vous tournez les
choses d'une manière, qu'il semble que vous avez raison ; et cependant
il est vrai que vous ne l'avez pas. J'avais les plus belles pensées du
monde, et vos discours m'ont brouillé tout cela. Laissez faire ; une
autre fois, je mettrai mes raisonnements par écrit, pour disputer avec
vous.
Tu feras bien.
Mais, Monsieur, cela serait-il de la permission que vous m'avez
donnée, si je vous disais que je suis tant soit peu scandalisé de la
vie que vous menez ?
Comment, quelle vie est-ce que je mène ?
Fort bonne. Mais par exemple, de vous voir tous les mois vous marier
comme vous faites !
Y a-t-il rien de plus agréable ?
Il est vrai. Je conçois que cela est fort agréable et fort
divertissant, et je m'en accommoderais assez, moi, s'il n'y avait
point de mal ; mais, Monsieur, se jouer ainsi d'un mystère sacré, et...
Va, va, c'est une affaire entre le ciel et moi, et nous la démêlerons
bien ensemble sans que tu n'en mettes en peine.
Ma foi, Monsieur, j'ai toujours ouï dire que c'est une méchante
raillerie que de se railler du ciel, et que les libertins ne font
jamais une bonne fin.
Holà ! maître sot. Vous savez que je vous ai dit que je n'aime pas les
faiseurs de remontrances.
Je ne parle pas aussi à vous, Dieu m'en garde ! Vous savez ce que vous
faites, vous, et si vous ne croyez rien, vous avez vos raisons : mais
il y a certains petits impertinents dans le monde qui sont libertins
sans savoir pourquoi, qui font les esprits forts, parce qu'ils croient
que cela leur sied bien ; et si j'avais un maître comme cela, je
luiL'aurais dit fort nettement, le regardant en face : Osez-vous bien ainsi
vous jouer du ciel, et ne tremblez-vous point de vous moquer comme
vous faites des choses les plus saintes ? C'est bien à vous, petit ver
de terre, petit myrmidon que vous êtes, (je parle au maître que j'ai
dit), c'est bien à vous à vouloir vous mêler de tourner en raillerie
ce que tous les hommes revèrent ? Pensez-vous que, pour être de
qualité, pour avoir une perruque blonde et bien frisée, des plumes à
votre chapeau, un habit bien doré, et des rubans couleur de feu, (ce
n'est pas à vous que je parle, c'est à l'autre), pensez-vous, dis-je,
que vous en soyez plus habile homme, que tout vous soit permis, et
qu'on n'ose vous dire vos vérités ? Apprenez de moi, qui suis votre
valet, que le ciel punit tôt ou tard les impies, qu'une méchante
vie amène une méchante mort, et que...
Paix !
De quoi est-il question ?
Il est question de te dire qu'une beauté me tient au coeur, et
qu'entraîné par ses appas, je l'ai suivie jusqu'en cette ville.
Et n'y craignez-vous rien, Monsieur, de la mort de ce commandeur que
vous tuâtes il y a six mois ?
Et pourquoi craindre ? ne l'ai-je pas bien tué ?
Fort bien, le mieux du monde ; et il aurait tort de se plaindre.
J'ai eu ma grâce de cette affaire.
Oui, mais cette grâce n'éteint pas peut-âtre le ressentiment des
parents et des amis, et...
Ah ! n'allons point songer au mal qui nous peut arriver, et songeons
seulement à ce qui nous peut donner du plaisir. La personne dont je
te parle est une jeune fiancée, la plus agréable du monde, qui a été
conduite ici par celui même qu'elle y vient épouser ; et le hasard me
fit voir ce couple d'amants trois ou quatre jours avant leur voyage.
Jamais je n'ai vu deux personnes être si contentes l'une de l'autre,
et faire éclater plus d'amour. La tendresse visible de leurs mutuelles
ardeurs me donna de l'émotion ; j'en fus frappé au coeur, et mon amour
commença par la jalousie. Oui, je ne pus souffrir d'abord de les voir
si bien ensemble ; le dépit alluma mes désirs, et je me figurai un
plaisir extrême à pouvoir troubler leur intelligence, et rompre cet
attachement, dont la délicatesse de mon coeur se tenait offensée ;
mais jusques ici tous mes efforts ont été inutiles, et j'ai recours au
dernier remède. Cet époux prétendu doit aujourd'hui régaler sa
maîtresse d'une promenade sur mer. Sans t'en avoir rien dit, toutes
choses sont préparées pour satisfaire mon amour, et j'ai une petite
barque et des gens, avec quoi fort facilement je prétends enlever la
belle.
Ah ! Monsieur...
Hein ?
C'est fort bien fait à vous, et vous le prenez comme il faut. Il n'est
rien tel en ce monde que de se contenter.
Prépare-toi donc à venir avec moi, et prend soin toi-même d'apporter
toutes mes armes, afin que...
Ah ! rencontre fâcheuse. Traître, tu ne m'avais pas dit qu'elle était
ici elle-même.
Monsieur, vous ne me l'avez pas demandé.
Est-elle folle, de n'avoir pas changé d'habit, et de venir en ce
lieu-ci, avec son équipage de campagne ?