Me ferez-vous la grâce, don Juan, de vouloir bien me reconnaître ? Et
puis-je au moins espérer que vous daigniez tourner le visage de ce
côté ?
Madame, je vous avoue que je suis surpris, et que je ne vous attendais
pas ici.
Oui, je vois bien que vous ne m'y attendiez pas ; et vous êtes
surpris, à la vérité, mais tout autrement que je ne l'espérais ; et la
manière dont vous le paraissez, me persuade pleinement ce que je
refusais de croire. J'admire ma simplicité, et la faiblesse de mon
coeur, à douter d'une trahison que tant d'apparences me confirmaient.
J'ai été assez bonne, je le confesse, ou plutôt assez sotte, pour
vouloir me tromper moi-même, et travailler à démentir mes yeux et mon
jugement. J'ai cherché des raisons, pour excuser à ma tendresse le
relâchement d'amitié qu'elle voyait en vous ; et je me suis forgé
exprès cent sujets légitimes d'un départ si précipité, pour vous
justifier du crime dont ma raison vous accusait. Mes justes soupçons
chaque jour avaient beau me parler, j'en rejetais la voix qui vous
rendait criminel à mes yeux, et j'écoutais avec plaisir mille chimères
ridicules, qui vous peignaient innocent à mon coeur ; mais enfin cet
abord ne me permet plus de douter, et le coup d'oeil qui m'a reçue
m'apprend bien plus de choses que je ne voudrais en savoir. Je serais
bien aise pourtant d'ouïr de votre bouche les raisons de votre
départ. Parlez, don Juan, je vous prie, et voyons de quel air vous
saurez vous justifier.
Madame, voilà Sganarelle, qui sait pourquoi je suis parti.
(bas, à don Juan.)
Moi, Monsieur ? je n'en sais rien, s'il vous plaît.
Eh bien ! Sganarelle, parlez. Il n'importe de quelle bouche j'entende
ses raisons.
(faisant signe à Sganarelle d'approcher.)
Allons, parle donc à Madame.
(bas, à don Juan.)
Que voulez-vous que je dise ?
Approchez, puis qu'on le veut ainsi, et me dites un peu les causes
d'un départ si prompt.
Tu ne répondras pas ?
(bas, à don Juan.)
Je n'ai rien à répondre. Vous vous moquez de votre serviteur.
Veux-tu répondre, te dis-je ?
Madame...
Quoi ?
(se tournant vers son maître.)
Monsieur...
(en le menaçant.)
Si...
Madame, les conquérants, Alexandre, et les autres mondes sont cause de
notre départ. Voilà, Monsieur, tout ce que je puis dire.
Vous plaît-il, don Juan, de nous éclaircir ces beaux mystères ?
Madame, à vous dire la vérité...
Ah, que vous savez mal vous défendre pour un homme de cour, et qui
doit être accoutumé à ces sortes de choses ! J'ai pitié de vous voi
puis-je au moins espérer que vous daigniez tourner le visage de ce
côté ?
Madame, je vous avoue que je suis surpris, et que je ne vous attendais
pas ici.
Oui, je vois bien que vous ne m'y attendiez pas ; et vous êtes
surpris, à la vérité, mais tout autrement que je ne l'espérais ; et la
manière dont vous le paraissez, me persuade pleinement ce que je
refusais de croire. J'admire ma simplicité, et la faiblesse de mon
coeur, à douter d'une trahison que tant d'apparences me confirmaient.
J'ai été assez bonne, je le confesse, ou plutôt assez sotte, pour
vouloir me tromper moi-même, et travailler à démentir mes yeux et mon
jugement. J'ai cherché des raisons, pour excuser à ma tendresse le
relâchement d'amitié qu'elle voyait en vous ; et je me suis forgé
exprès cent sujets légitimes d'un départ si précipité, pour vous
justifier du crime dont ma raison vous accusait. Mes justes soupçons
chaque jour avaient beau me parler, j'en rejetais la voix qui vous
rendait criminel à mes yeux, et j'écoutais avec plaisir mille chimères
ridicules, qui vous peignaient innocent à mon coeur ; mais enfin cet
abord ne me permet plus de douter, et le coup d'oeil qui m'a reçue
m'apprend bien plus de choses que je ne voudrais en savoir. Je serais
bien aise pourtant d'ouïr de votre bouche les raisons de votre
départ. Parlez, don Juan, je vous prie, et voyons de quel air vous
saurez vous justifier.
Madame, voilà Sganarelle, qui sait pourquoi je suis parti.
(bas, à don Juan.)
Moi, Monsieur ? je n'en sais rien, s'il vous plaît.
Eh bien ! Sganarelle, parlez. Il n'importe de quelle bouche j'entende
ses raisons.
(faisant signe à Sganarelle d'approcher.)
Allons, parle donc à Madame.
(bas, à don Juan.)
Que voulez-vous que je dise ?
Approchez, puis qu'on le veut ainsi, et me dites un peu les causes
d'un départ si prompt.
Tu ne répondras pas ?
(bas, à don Juan.)
Je n'ai rien à répondre. Vous vous moquez de votre serviteur.
Veux-tu répondre, te dis-je ?
Madame...
Quoi ?
(se tournant vers son maître.)
Monsieur...
(en le menaçant.)
Si...
Madame, les conquérants, Alexandre, et les autres mondes sont cause de
notre départ. Voilà, Monsieur, tout ce que je puis dire.
Vous plaît-il, don Juan, de nous éclaircir ces beaux mystères ?
Madame, à vous dire la vérité...
Ah, que vous savez mal vous défendre pour un homme de cour, et qui
doit être accoutumé à ces sortes de choses ! J'ai pitié de vous voi